Années 70. Italie. Une bande de jeunes malfaiteurs gravissent petit à petit les échelons menant au grand banditisme. Leur ambition, envahir le marché de la drogue, créer leur propre cartel et devenir les parrains à la place de celui en place. En bref, leur objectif est de conquérir Rome et régner sur la mafia tifosi.
Avis:
Même en français, le titre est compréhensible voire plus explicite!
Romanzo Criminale devient "Rome Enzo Crime Inhalé". Cela se passe à "Rome", les personnages sont italiens ("Enzo" étant un prénom purement transalpin - cf Le Grand Bleu), le "crime" est le quotidien de ces gangsters, et "inhalé" suggère que le moteur de leur ascension (après être montés, ils vont être descendus!) "sociale" est tout bonnement la drogue, la fameuse poudre blanche. Tout est dit, sauf qu'il est magnifique!
Une oeuvre vraie, riche d'émotions et aucunement caricaturale.
Avec un grain adapté à l'époque, des musiques divinement choisies (disco, rock, variété italienne), un scenario finement ciselé et des acteurs formidables, Romanzo Criminale est vraiment remarquable.
Il mêle suspense, action, romance, psychologie, histoire et humour dans un bouillon très peu brouillon. Chaque ingrédient est dosé et disposé avec soin pour le régal de nos papilles audio-vidéo-cérébrales!
L'histoire traite d'un gang de malfrats d'une envergure assez vague, tous différents mais unis pour le meilleur et pour le pire...enfin, c'est leur pacte initial. Seulement, lorsque les événements tournent au vinaigre, trahison et coups pendables délestent certains de leur contrat.
Certains se connaissent depuis l'enfance et ont noué des liens quasi-fraternels comme Le Libanais, Le Froid ou Le Dandy, d'autres se sont greffés à l'aventure sur le tard.
Ils ne se nomment presque jamais mais s'attribuent des sobriquets évoquant leurs origines, leur mentalité ou leur aspect physique.
Ils forment un groupe soudé mais hélàs corruptible. Et les deux bonnes heures sont dédiées à ces conflits "familiaux" et à la place de chacun des protagonistes dans leur mini-société ou mini-tribu.
Malheureusement, tout clan a ses problèmes internes, résolvables si des menaces externes ne pèsent pas. Et là, ils ne sont pas victimes de tracas banals mais sont carrément la cible de diverses autres bandes de loulous, également avides de pouvoir et d'argent!
Les démêlés liés au commerce de la drogue, les tentatives de prise de leadership et la rageuse quête de l'oseille sont rejoints par l'amour et le sexe.
Lorsqu'un des membres s'amourache d'une prostituée de luxe, éprise (et prise!) d'un commissaire de police dont les sentiments sont réciproques, l'affaire se corse (pourtant, on reste en Italie! Enfin, c'est pareil!)! D'autant que parallèlement, un autre tombe amoureux d'une jeune demoiselle au charme ravageur, mais blanche et innocente comme les neiges de Cortina d'Ampezzo.
Bref, chacun des gentlemen dealers a son caractère qui lui est propre. Le Libanais se détache des autres par son respect et son honneur, Le Froid par sa beaugossité et son calme, Le Dandy par son goût pour le luxe et l'apparât, Le Sec par ses entourloupes, Le Noir par son côté mystérieux et violent... Mais tout le personnage ne tourne pas autour de ces quelques lignes. Leur évolution et leurs réactions sont dictées par leurs objectifs du moment. Peu à peu, leurs attentes et leurs visions des choses divergent, amenant un conflit en plus...
Certains désirent se stabiliser et rentrer dans la légalité, quitte à se créer des ennemis. D'autres réfléchissent et préfèrent ne pas tourner le dos au danger mais plutôt y faire face. Les uns subissent indirectement les aspects pervers de leurs activités par le biais de leurs proches. Les autres ne connaissent pas ce problème car n'ont pas de famille...la seule qui leur reste demeure leurs acolytes.
Sur fond de magouilles, homicides et code d'honneur dans la brumeuse Italie des seventies, ce film retrace l'histoire du pays, notamment l'attentat meurtrier de la gare de Bologne.
Le réalisateur a tenu à respecter scrupuleusement le fond et le climat social de l'époque. Evidemment, il a pris une grande liberté dans tous les domaines mais la ligne directrice a été gardée jusque dans les événements tragiques survenus et la réaction du Milieu.
Sortis de la rue par des larcins, dévorés par l'idée de tenir les rênes d'un empire financier et morts dans le dénument le plus total, ces hommes aux grandes ambitions et peu de scrupule se voient finalement détrônés par la même race qu'eux, voire par leurs pairs.
Romanzo Criminale nous sort de l'esprit que les grands bandits sont des gens sans coeur et hors norme. Il existe des froussards, des courageux, des doux, des bouchers... Tous les sentiments et toutes les facettes de l'âme se trouvent dans la société, qu'elle soit haute ou underground, seulement ils ne s'expriment pas de la même manière selon les hommes.
Le contexte social influence grandement ces traits de caractère mais la hiérarchie demeure la même quel que soit le milieu.
Avec une très belle mise en scène et des acteurs on ne peut plus crédibles, ce film fera le bonheur des adeptes de thrillers historiques bardés de clichés (au sens noble du terme) d'époque et d'affrontements entre bandes rivales pour le gain de territoires ou de marchés.
En soit, si vous avez pleuré devant Bambi, abstenez-vous! En revanche, si vous êtes un inconditionnel du Parrain, de Scarface, Mean Streets et autres Scorcese, filez voir ce bijou avant que Berlusconi ne le censure!
Forza Italia!
Les acteurs:
Leurs noms me sont inconnus donc je vais brièvement décrire les personnages!
Le Libanais - Chef incontesté du groupe, tout le monde se réfère à lui pour les décisions.
Ressemblant fort à Juninho, l'acteur est terrible dans ce rôle de leader naturel. Toujours juste dans quelque situation que ce soit, il insuffle parfaitement le charisme et le respect dégageant du personnage.
Le Froid - Ben...c'est un beau gosse, qui joue à merveille! Forcément, on s'attend à ce qui lui arrive une bricole amoureuse et que toutes les gonzesses se pâment devant lui. C'est chose faite dans le film. Malheureusement, c'est le drame!
Le Dandy - Contrairement aux deux précédents, c'est un poltron (et un pochtron!) fini. Sa lâcheté n'a d'égal que son machisme et son arrogance. Malgré tout, c'est lui qui arrive le mieux à mener sa barque. La raison: il trahit à tour de bras et lèche l'arrière-train d'un vieux parrain. Tout ceci amène à conclure que le comédien est irréprochable!
Le Noir - Solitaire, violent, animal...qualifié de nazi dans le générique descriptif du début!
Tout un programme!
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